Dans Divers par Florian Strzelecki - 00:20 - 17.05.2010
Arrière, démons pervers ! Cachez ce sein que je ne saurais voir !
Ou quelque chose dans ce goût là. C'est sans doute ce à quoi on peut être amené à penser lorsque l'on parle de pudeur. Comme une notion désuète, un reliquat des temps de nos arrières grands parents.
Pourtant, la pudeur ce n'est pas juste une question de sexe, de nudité, d'orgie et de débauche.
Il existe un champ beaucoup plus large à la pudeur que ce que nous faisons de notre corps, une fois majeur et vacciné.
(Halt_Life a répondu dans la journée, n'est-ce pas merveilleux ?)
Image : Chaton - Florian Strzelecki - Creative Common by-nc
Entre Puddler et Pudibond, se trouve, dans mon le Robert, dictionnaire pratique de la langue française, la définition de Pudeur.
Je suis un peu déstabilisé d'y lire deux sens sur trois totalement liés à la notion sexuelle ou à la nudité. Je vais donc, de manière totalement sélective et arbitraire, ne vous donner que la troisième, qui m'intéresse :
Gêne qu'éprouve une personne délicate devant ce que sa dignité semble lui interdire.
La dignité. C'est un terme que j'aime bien. Une notion importante à mes yeux : la dignité est ce qui me sépare de l'animal. Je ne vends pas ma dignité, je ne la brade pas sur un quelconque autel, je n'en fais pas une marchandise de peu de valeur.
La dignité, c'est la colonne vertébrale de mon âme.
Alors, quand on me juge trop pudique, je préfère simplement rester digne.
Elle ne m'intéresse que rarement. Je range ça en fonction de mes priorités : "mes amis, moi, et les restes du monde".
Pour quelqu'un qui m'est proche, je fais attention à l'embarras qu'il pourrait ressentir en fonction de mes actes et paroles.
Au contraire, quelqu'un que je ne connais pas m'indiffère : si je suis chez moi, seul mon embarras propre compte ; et disons le clairement, je ne suis pas vraiment pudique lorsqu'il s'agit de mon corps.
Mon corps, c'est juste un tas de viande comme les autres - je m'aime bien, mais soyons réaliste - je suis formé de la même façon que les autres hommes, avec mon lot de chairs, de graisses (modérément), de poils (surtout sur les jambes) et de testicules (et ce qui va entre).
Si cela vous dérange, détournez vos yeux, et si je voulais me vanter, je dirais que vous ratez quelque chose.
Là, je bloque un peu. En quoi mes sentiments vous intéresse-t-il ? Au nom de quoi devrais-je vous faire partager (ce qui vous oblige implicitement à vous intéresser à moi) ce qui se trouve au fond de moi-même ?
Là, je n'y arrive pas. Ma pudeur est ma forteresse, comme autant de murs entre vous et moi, entre le monde acerbe et la fragile sensibilité de mon âme.
Il ne s'agit pas là de l'embarras des autres, mais du miens. Je suis embarrassé par l'expression de mes sentiments, j'ai honte d'étaler à la face du monde mes jouissances et mes déprimes.
Je ne parle pas d'un rire, d'une larme, d'une impression ou d'une pensée fugace, mais d'émotions sincères, profondes, de sentiments purs et renversant.
Ce qui se trouve en surface reste en surface. Sous ma pudeur se cache ma personne, ma dignité et mon honneur.
Commentaires (3)
Commentaire #1 Par Beldom - 14:41 - 17.05.2010
Et cette pudeur là, bien que compréhensible, est bien dommage. Parfois, partager ce que l'on ressent au fond de soi peut permettre à certaines choses d'avancer. Pas forcément dans le bon sens, mais d'avancer. Mais respectons cette pudeur et cette dignité et n'ajoutons rien.
Par contre, pour les poils surtout sur les jambes... Serais-tu passé chez le coiffeur depuis ton/mon départ ? -au choix-. Même si les cheveux ne sont point des poils, ils méritaient d'être mentionnés, les pauvres.
Un joli billet, comme souvent.
Commentaire #2 Par Kwilleran - 23:50 - 17.05.2010
Mais, que vois-je ? Un chaton sur ton site ??? Mais qu'as-tu fait de ta dignité ? :D
Plus sérieusement, je crois que la pudeur ne va pas sans penser aussi aux autres (ne fais pas aux autres, etc.). Chez toi, tu peux te balader à poil (surtout sur les jambes), mais pas s'il y a quelqu'un d'autre, non pas parce que tu pourrais ne pas souhaiter que cette personne contemple la pilosité de tes gambettes, mais aussi pour éviter de la choquer (elle n'a peut-être jamais vu de jambes). Dans ce cas, il s'agit de ta part de retenue, pour éviter de heurter les sentiments de pudeur de l'autre. Et en termes de sentiments, c'est la même chose.
Pour info, la seconde définition qu'en donne le tlfi est la suivante : "Disposition, propension à se retenir de montrer, d'observer, de faire état de ce qui met en jeu (ou d'agir lorsque cela met en jeu) quelque chose qui touche de près à la personnalité, à la vie intime de quelqu'un, ou à l'essence de quelque chose; attitude de quelqu'un qui manifeste une telle disposition." Je pense que ça correspond bien à ta pensée.
k
Commentaire #3 Par Alter ego - 19:52 - 09.09.2010
La pudeur (dans son acceptation la plus commune) est avant tout une question de regard. Le regard des autres sur soi, mais aussi son propre regard sur les autres. A partir de là, on se construit un comportement, adapté tant à soi qu'aux autres (ou pas), et qui peut donc différer suivant les situations.
Concernant les sentiments, je pense que leur profondeur peut jouer sur leur (non-)partage avec autrui. Ce peut être un moyen de se protéger, même si une telle réserve peut compliquer un peu les relations...
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