Dans Divers par Florian Strzelecki - 00:14 - 20.04.2010
Terme consacré aux gens ayant une vie sociale nulle dans le monde réel, en contraste avec une vie sociale virtuelle parfois (mais pas toujours) très intense.
Il n'y a pas très longtemps, j'ai entendu une chanson "Alors on danse". La première fois sans trop y faire attention. La seconde - j'étais à une soirée, je n'avais aucun contrôle sur ce que j'écoutais, à part fuir - j'ai consciencieusement écouté les paroles.
Et là, je me suis dis qu'il fallait que je fasse, un jour, un article sur la société et les nolifes.
Image : I heart my tattoo - majdal (http://www.flickr.com/photos/majdal) - Creative Common by-nc-sa
"Qui sont-ils ? A quoi les repère-t-on ? Comment s'en protéger ? Où peut-on les trouver ? Suis-je un nolife moi aussi ? Un nolife peut-il mourir ?"
J'imagine déjà le tableau, un reportage sensationnel, sur ces gens en marge de la société.
Tout les clichés y seraient : adolescents boutonneux qui restent enfermés chez eux, vieux informaticiens obèses qui ne sortent plus, et se tripotent devant des dessins animés porno japonais - le mot HENTAI prononcé avec un fort accent de journaliste qui vous met en garde contre cette chose absolument répugnante.
Ce reportage parlerait de Chatroulette (trop à la mode), de Twitter, de 4Chan, de Facebook (pensez à bien prononcer l'accent du journaliste), des Lolcatz et bien évidement, de World Of Warcraft - le seul vrai MMORPG des Nolifes évidement !
Ce serait tellement merveilleux. Des psychiatres seraient interviewés, et ils expliqueraient que, non, ces gens ne sont pas fous, ils ont seulement des problèmes. Il faut les aider. Les pauvres, vous ne comprenez donc pas : ils souffrent !
Et oui, ces pauvres gens, ils souffrent, las de leur vie, à rester cloîtrer chez eux. Parce que le monde leur fait peur, parce que, non, vraiment, c'est beaucoup trop horrible et difficile pour eux de voir des gens.
De toute façon les nolifes n'ont besoin de personne. Ils ne veulent pas sentir bon, ils ne veulent pas être à la mode, ils ne veulent pas être rasés de près et bien s'habiller. Ils veulent rester enfermer dans leur petit monde ridicule, un petit monde fait de vieilles connaissances et de certitudes, de sarcasmes et de trolls, et d'un tas gluant de misères humaines.
C'est ce que vous vous diriez sans doute. Il faut dire, avec un tel reportage, madame Michue, ménagère de moins de 50 ans, deux enfants, dont une fille de 16 ans qui écoute Thousand Foot Krutch et a mis des posters de Robert Pattinson, risque fort de s'intéresser de plus près aux activités informatiques de ladite fille.
"Marie Jésus Joseph ! Ma fille que fais-tu encore sur le PC ? T'es pas en train de jouer à Wouarld off Warrkraft ? Tu ne montres pas tes seins à Internet sur Chatte-Roulette ?"
Bon, allez, j'arrête là la petite blague, vous l'aurez compris : ce serait un énième sujet dont les journalistes ont le secret. Mais ce n'est pas de ça dont je veux vous parler. Oh non, vraiment pas.
Prenons un jeune adulte parisien, de 22 ans, avec un travail quotidien.
Ce jeune-homme est célibataire, il vit seul dans un studio d'à peine 15m², où s'amoncellent périodiquement des boîtes de pizza vide, deux ou trois sacs MacDo avec les verres de coca vide sur le sol.
Des livres, BD et magazines remplissent ses étagères. Et s'étalent sur le sol. Jusque sous son bureau. Et peut-être même dans ses toilettes - un ou deux vieux "Fluide Glacial" achetés par erreur un jour de coupure réseau.
Le sol n'est pas très propre, la poussière n'est pas faite souvent. Il y a une ou deux fringues qui traînent ici ou là. C'est juste un appartement d'étudiant pas très soigneux, avec son odeur de mâle - entre la sueur de bouc et le renfermé.
Ce jeune-homme passe son temps sur internet. Il mange, boit, dort et urine en fonction de ses activités virtuelles. Que ce soit du jeu vidéo - en ligne ou en solitaire - ou de la lecture de forum, une participation à un réseau social, ou ses intenses réflexions sur de la programmation : toutes ses activités sont concentrées autour de l'ordinateur, et du réseau.
Il pourrait sortir. Il pourrait "vivre" comme tout le monde. Mais il n'en a pas envie. Il est heureux tel qu'il est. Oh, bien entendu, il aimerait parfois avoir une petite-amie, voir fonder une famille. Mais ce ne sont pas ses réelles priorités pour le moment.
Lucide sur sa situation et le monde qui l'entoure, il a fait son choix : ce sera sans lui. Tout est plus simple sur Internet pour lui, tout est à sa porté. Il peut se réaliser, ou simplement se vider l'esprit. Ne plus réfléchir à des choses désagréables.
C'est une fuite dans un monde de passions et d'attractions.
Ce jeune-homme est célibataire, il vit seul dans un studio parisien d'à peine 15m², où s'amoncellent périodiquement des boîtes de pizza vide, deux ou trois sacs MacDo avec les verres de coca vide sur le sol.
La salle de bain est remplie de produits de cosmétiques : mousse à raser, après-rasage, déodorant longue durée, shampoing, après-shampoing, gel pour les cheveux. La brosse à dent un peu défraîchie - mais utilisée fréquemment - trône à côté d'un tube de dentifrice mal refermé d'où s'écoule un reste de pâte séchée de la veille. Un préservatif usagé croupit au fond de la petite poubelle bleu.
Le sol n'est pas très propre, la poussière n'est pas faite souvent. Il y a une ou deux fringues qui traînent ici ou là. C'est juste un appartement d'étudiant pas très soigneux, avec son odeur de mâle - entre la sueur de bouc et le renfermé.
Le soir il sort. Toujours. Beaucoup. Et longtemps. Il aime être dans un bar ou une boîte de nuit, boire de l'alcool - bière, mojito ou un autre alcool quelconque à la mode - et fumer cigarette sur cigarette avec ses potes.
Ses copains sont toujours de sortie avec lui. Et ses copines. Il enchaîne les râteaux en soirée, jusqu'à trouver une fille au moins aussi bourrée que lui. Elle l'aime d'amour fou dès le premier regard - torve et alcoolisé mais qu'importe - de la soirée, et ils filent dans un coin faire leur affaire.
Il rentre tard chez lui le soir. Ou plutôt au petit matin. Complétement déchiré, le cerveau défoncé par ses activités nocturnes. Il retire à peine ses chaussettes pour s'affaler sur le matelas, et dormir 2h.
Réveil en stress. Alarme stridente qui lui déchire les tympans et le sort de sa torpeur. Il se lève, tâtonne pour arrêter ce vacarme.
Douche. Café. Brosse à dent. Rasage. Une chemise, un peu de gel, la ceinture... il peut y aller, il est bon pour sa journée.
Métro.
Son écran lui fait mal aux yeux. Il avale un café.
Clope.
Son crâne va exploser. Pause déjeuner. Il reprend doucement.
Café. Clope.
Plus que quelques heures avant le soir. Il sait déjà ce qu'il fait ce soir : rendez-vous chez Nathalie, il faut fêter le départ de Francis en Indonésie la semaine prochaine.
18h il sort du boulot, court jusqu'au métro, rentre chez lui prendre un doliprane, se reposer une heure devant la télé, se préparer pendant une heure dans la salle de bain. Ça y est, il est frais et présentable, il va pouvoir sortir, s'amuser, faire la fête !
Comme vous pouvez le lire, le premier est un nolife. Il fuit la société et les comportements sociaux dans le monde réel. Il n'aime pas le monde qui l'entoure et préfère le fuir. Il vit avec ses passions et ses illusions.
L'autre, il fait la fête, il voit ses amis, il travaille pour se nourrir et s'éclate bien, il aime la vie. Il adopte des comportements sociaux jugés normaux, il ne sait pas trop ce qu'il aime ou pas, de toute façon, il préfère la fois où il a pu boire du champagne. Il vit avec ses fêtes et son présent, sans jamais penser au lendemain.
Mais lequel des deux fuit le plus la réalité ?
Qui dit fatigue dit réveille encore sourd de la veille,
Alors on sort pour oublier tous les problèmes.
Alors on danse…
J'ai parfaitement conscience de faire dans la caricature et l'archétype aux traits forcés. Ce ne sont que des exemples de comportements. Nous en avons tous entendus parlé, vous l'avez sans doute vécu, ou rencontré des gens qui forcent un peu trop dans l'un des deux domaines.
Moi-même j'ai des périodes où je préfère rester tranquillement chez moi, derrière mon ordinateur, à écrire, écouter de la musique, et discuter, échanger, partager, avec des personnes qui ne sont pas physiquement présentes à côté de moi.
Cela me laisse songeur.
Commentaires (9)
Commentaire #1 Par Gromitflash - 00:51 - 20.04.2010
Hum ...
Intense réflexion ... tu devrais être blasé-cynique plus souvent, toi au moins ça te réussit.
Ton article m'a remonté le moral en fait. Je ne fuis pas, ma vie n'est pas vaine, je ne me réfugie pas dans un monde inexistant.
Demain je vais sortir et me changer les idées !
Commentaire #2 Par Stan / Xenor - 01:01 - 20.04.2010
QUID de ceux qui sont les deux a la fois é_è? Leurs vies a t'elle un sens? les brulera t'on (comme au brésil) ? iront-il au paradis? Je m'inquiète de mon sort quoi :/
Commentaire #3 Par Jenny - 01:53 - 20.04.2010
J'aime ton cynisme, même (et surtout) lorsque tu pousses le cliché à l'extrême.
Personnellement, je pars du principe qu'il n'y a ni but ni sens à la vie. L'être humain n'est qu'un parasite qui détruit son propre milieu de vie par égoïsme. Chacun ne pense qu'à sa poire et il n'y a pas de Paradis une fois notre vie sur Terre terminée.
Alors dans cette optique (certes pas très optimiste mais je ne pense pas que l'humanité soit encore définitivement méprisable et à fouler du pied, j'ose encore espérer que nous pouvons changer la donne), ma philosophie de vie est simple : la clé de ton bonheur est entre tes mains.
J'essaie de vivre pour moi, pas pour les autres et surtout pas pour cette société moraliste, faussement pudique et ignoblement voyeuse, totalement hautaine, méprisante... et méprisable. Rien à foutre, donc, de ce que pensent les autres et les journalistes avec leurs reportages trafiqués où "l'information" devient "télé-réalité" (faussée et recherchant uniquement l'audience).
Moi, je vis ma vie. Comme il faut bien bosser pour vivre, j'ai bossé dur pour avoir un métier qui me plaît. Et pour le reste, je ne vais pas entrer dans les détails sinon on n'est pas couché, mais je fais ce que je veux, ce qui me rend heureuse. Pas de tabou, je m'en fous de ce qu'on pense de moi à partir du moment où je suis fidèle à moi-même et que moi j'aime celle que je suis. Des fois, je vais passer des journées entières à glander sous ma couette avec mon PC, d'autres fois je vais passer un week-end entier à boire entourés de mes potes (masculins !) tout en causant cul.
Pour finir philosophiquement, je vais faire une citation d'Eric Cartman : "Rien à foutre, j'fais qu'est-ce que j'veux !"
Le seul sens de la vie est celui qu'on lui donne.
Commentaire #4 Par genma - 11:12 - 20.04.2010
Très bon article, intéressant et bien écrit, on ne peut que t'encourager à en écrire plus souvent des comme ça : le cynisme te réussit bien. A quand une rubrique "Les réflexions d'Exirel".
Commentaire #5 Par Exirel - 11:13 - 20.04.2010
Ah oui mais non, les réflexions d'Exirel, c'est par là : http://reflexion.exirel.me
Commentaire #6 Par Kwilleran - 21:27 - 22.04.2010
Bon, je conteste le "normal" apposé sur le second portrait, parce que je ne vois pas de normalité là (même poussée à l'extrême dans la caricature, je ne pense pas que ce comportement soit particulièrement répandu - mais il est vrai que je suis un vieux chnoque et que ma vision est assez restreinte sur certaines activités de la jeunesse). Je crois que tu fais une erreur en disant que la société trouve normaux ces comportements sociaux. On peut juger quelque chose comme répandu (la fête à outrance, le cul au hasard et la vie intellectuelle réduite à la portion congrue), sans pourtant le juger "normal" et autant qu'il me semble, une partie non négligeable de la société condamne ce type de comportement. Il est vrai que la société est schizophrène, et dit tout et son contraire. Ceci étant, je suis d'accord pour dire que ce comportement est clairement une fuite devant la réalité. k ps : le "Marie, Jésus, Joseph" est de trop.
Commentaire #7 Par Exirel - 10:12 - 23.04.2010
@Kwilleran : si peu, réellement, si peu. N'oublie pas que la caricature à l'extrême ne fait que ressortir des comportements eux-même caricaturés.
En outre, je parle clairement des "jeunes". A 22 ans, les préoccupations des jeunes sont très variés, dans le sens, que l'on doit pouvoir retrouver dans cette population un peu toutes les préoccupations. Ceux qui veulent se marier, ceux qui veulent voyager, ceux qui veulent continuer leurs études, ceux qui veulent gagner des sous, etc etc...
Pour finir, le cynisme et l'ironie était la base même de cet article. L'utilisation du mot "normal" est donc à replacer dans ce contexte. Je laisse le lecteur juger par lui-même de ce que cela sous-entend.
Car tout cela me laisse songeur...
(quant à "Marie Jésus Joseph", c'était pour forcé le trait, la prochaine fois, je parlerais du voile)
Commentaire #8 Par Guizmo.7 - 14:03 - 29.04.2010
Très bon article, j'ai pensé à peu près la même chose en écoutant cette musique :)
Commentaire #9 Par Alter ego - 20:28 - 02.09.2010
Quel que soit le sens de la fuite (dans le retranchement sur soi et Internet ou dans la sociabilisation aveugle favorisée par l'alcool), l'origine du problème n'est-elle pas toujours la même ? L'inadéquation à une société individualiste et normalisatrice dans laquelle on ne se retrouve pas, et qui mène à une solitude morale ?
Tiens, ça me fait encore penser à mon livre anti-solitude, dans lequel le personnage principal fuit... en essayant d'être le plus "normal" possible. Mais reste néanmoins loin, très loin de tout.
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