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From Hell, une autopsie de Jack l'Éventreur

Par Florian Strzelecki - 21:59 - 08.04.2010

Tags : J'aime, BD, Noir et Blanc, Lecture, Divers

De Alan Moore et Eddie Campbell.

J'ai aimé lire cette BD. Et depuis, j'apprécie même de la feuilleter comme ça, juste pour le plaisir de revoir et relire certains passages. Il s'agit d'un énorme pavé de 500 pages d'illustrations en noir et blanc, sur une Londres sombre et dont l'architecture recèle bien des secrets.

Une plongée dans les Franc-Maçon et les secrets royaux, la prostitution et les délires sanglants.

From Hell, autopsie de Jack l'Éventreur

Image : From Hell, autopsie de Jack l'Éventreur - Florian Strzelecki - Creative Common by-nc-sa

La BD, l'objet

Avant même de vous parler du contenu, je vous présente le contenant : un bel ouvrage à la couverture souple cartonnée, un titre en lettres capitales rouges. Vous pouvez voir la couverture sur la photo de cet article d'ailleurs.

Cette BD a été faite par Alan Moore et Eddie Campbell, et est parue aux éditions Delcourt, pour la modique somme de 45€. C'est peut-être un peu cher, mais le prix ne me semble pas complètement injustifié.

Après les 500 pages de l'histoire proprement dite, il y a différents appendices, pour une 60aines de pages supplémentaires. Ces appendices parlent des détails et des recherches des auteurs, ce qu'ils pensent de toute l'histoire de Jack l'Éventreur.

Bref, un très bel ouvrage, que j'ai aussi pu apprécier simplement par son aspect extérieur, avant même de l'avoir lu.

L'histoire de From Hell

L'histoire de From Hell se décompose en plusieurs histoires parallèles qui se croisent et se rejoignent.

Il y a celle du jeune et brillant William Gull, qui deviendra médecin, et connaîtra une rapide introduction dans les rangs de la Franc Maçonnerie. Le Dr. Gull sera finalement connu de Sa Majesté, et, à un âge avancé, et après avoir déjà montré des problèmes cardiaques, deviendra son funèbre exécutant.

Il y a celle de cet inspecteur, Abberline, vieux flic du quartier de White-chapel (qu'il déteste), et qui pensait pouvoir s'en sortir avant qu'on ne lui impose cette enquête pour son expertise du milieu.

Il y a, enfin, celle de ces prostitués de Londres, qui vivent au jour le jour du plus vieux métier du monde, avec l'alcool, les gangs, le ruisseau et la crasse urbaine - et je ne parle pas que des rues.

Du sang, du sexe, de l'argent, de la politique et des secrets. Beaucoup de secrets.

Autopsie de Jack l'Éventreur

Comme l'indique les auteurs à la fin dans les appendices, cette histoire n'est pas la vrai histoire de Jack l'Éventreur : ces crimes restent finalement non élucidés, l'enquête n'a jamais été vraiment terminée.

"Jack n'est pas Gull, ni Druitt. Jack est une superposition."

L'histoire est amené par les récits parallèles des différents milieux. Le lecteur est amené aux travers des différents quartiers et milieux sociaux de la capitale, avec des croisements ici ou là. Une partie de l'histoire est montrée à la vue subjective de la personne suivie (notamment durant l'enfance du futur Dr. Gull), tandis qu'une autre restera totalement en dehors des personnages.

Certaines parties de l'histoire ne sont même que des extraits entourés d'ellipses, permettant de ne se focaliser que sur l'intrigue qui avance à pas bien mesurés. Le scénario ne dévoile que des petits morceaux bien éparts avant de tout réunir comme il se doit. L'impression de rouage qui se mettent en place petit à petit pour lancer la machine. Petit à petit, tous les éléments qui vont déclencher les meurtres se mettent en place : l'ascension du Dr Gull en fait quelqu'un de confiance ; le fils de la Reine s'est compromis avec une femme du peuple, et leur enfant sera confié à une prostitué ; les prostitués seront solidaires face à la menace d'un gang et chercheront à obtenir de l'argent par le chantage ; l'inspecteur Abberline repart à White-chapel pour s'enfoncer à nouveau dans les rues sombres ; le Dr Gull nous montre l'architecture de Londres, et nous fait découvrir ses considérations philosophiques et architecturales, supports et justifications de ses atrocités, avec ce combat de "l'homme contre la femme".

Et puis tout s'enchaine, tout est lié. Jusqu'au délire métaphysique du Dr Gull pour le grand final qui vous absorbe complètement dans son univers si sombre et si incisif.

L'architecture de Londres en 1888

J'ai été sincèrement fasciné par les illustrations de cette BD. Le style est complexe à décrire pour moi qui n'y connait pas grand chose. Je manque clairement de vocabulaire pour en parler, mais je vais essayer quand même, avec mes mots.

Les dessins mélangent des coups de crayons à vif, presque brouillon et plein de piquant - "incisif" ai-je envie de dire ; avec des parties fourmillants de détails : ici un visage, là un bâtiment.

C'est surtout avec les bâtiments que c'est le plus remarquable : nombre de rues et d'appartements ne sont que des traits vaguement assemblés pour donner la bonne impression, et d'autres sont très riches en détail. Par exemple, lorsque le Dr Gull présente différents points de Londres à son cocher Netley, le lecteur peut découvrir Saint George de Bloomsbury, ou bien l'église Saint Anne.

L'architecture est importante, car les différents bâtiments devant lesquels passeront le Dr Gull et Netley seront notés sur une carte. Puis le Dr. fera tracer des lignes passant par ces différents points à son cocher, et le symbole ainsi obtenu sera l'une des bases des délires de Jack l'Éventreur - un symbole Franc-Maçon.

Je vous passe l'explication du Dr. Gull sur les dyonisiaques, Hawksmoor, et Yabulon.

Ma lecture

Lorsque mes amis m'ont offert "From Hell", je ne savais pas à quoi m'attendre. J'étais surpris par le cadeau, et par la couverture de l'ouvrage. Le style de dessin m'a même un peu rebuté au début.

Mais je me suis plongé dans l'histoire. Au début je pensais pouvoir la lire facilement, tranquillement. Et puis j'ai été pris dans l'engrenage de Jack l'Éventreur, son histoire, ses justifications, la vie de Londres, de ses prostitués et des inspecteurs, avec une franc-maçonnerie qui règle ses détails dans l'ombre.

Je connaissais déjà la "légende" de Jack l'Éventreur, mais je ne m'y étais jamais intéressé. Avec "From Hell", j'ai été plongé dans une version probable de l'histoire. Elle ne cherche même pas à s'imposer comme l'unique et seule vérité. Elle propose une version, servie par l'image et l'intrigue.

J'ai passé plusieurs heures, et j'ai pu ressentir beaucoup d'émotions. Le début rend curieux, les explications alambiquées du Dr. Gull sur l'architecture de Londres donnent envie de comprendre ses motivations - de comprendre un assassin particulièrement barbare verra-t-on ensuite - et enfin, les tribulations d'Abberline amènent le suspens de la prochaine découverte.

L'univers décris est sombre, crade et immoral à de nombreux endroits.

J'ai beaucoup aimé cette BD, je vous la conseille.

From Hell, édition Delcourt, par Alan Moore et Eddie Campbell.