Dans Geek par Florian Strzelecki - 12:19 - 18.03.2010
Ceci est un "polar geek". Je ne suis pas sûr de ce que ça veut vraiment dire, mais, en gros, là, c'est juste une histoire. Plus précisément, la première partie.
C'était juste un jeu.
C'est comme ça que ça a commencé en tout cas. Pour moi. Pour elle je sais pas, et je n'aurais pas l'occasion de le savoir.
On se réveille un jour sans inspiration. La page blanche. Il faut qu'on change quelque chose dans sa vie, qu'on lui trouve une motivation de plus pour ne pas passer le reste de ses journées allongés dans son lit, l'écran projeté au plafond, l'ambiance réglée sur l'océan, le bruit du vent reproduit par le système sonore dernier cri testé pour vous et vu à la web-tv.
Image : Clavier et chapeau - Florian Strzelecki - Creative Common by-nc-sa
Mon métier ? Journaliste. Enfin j'aimerais bien, parce que j'ai connu l'époque où ça avait du sens. La révolution blog est passée par là : ils l'avaient prédite, ils s'étaient insurgés contre, criant à la perte de leur statut.
La bonne blague. Ce ne sont pas les blogs qui ont fait disparaître le statut, ce sont les politiques, qui se sont rendus compte que la blogosphère française était manipulable, corruptible. Et pire encore, les patrons de la presse, qui ont su transformer les anciens pigistes en blogueurs influents - et beaucoup moins cher évidement.
L'argent, c'est ça l'idée. Ou plutôt, le manque d'idée, et d'originalité. Un monde gris et sans vraiment de saveurs, où, plutôt que de masquer l'information, on la balance comme un raz de marée sur l'audimat : page vue en explosion, compteur de visite qui s'affole, jackpot pour les chefs, gloriole pour les petites mains aveugles.
Les journalistes se sont fait avoir, et tant pis pour eux. Comme dit la chanson : "Penseurs qui traquez l'Oppressif, De cible prenez garde de ne vous point tromper." fallait regarder d'un peu plus près la réalité, et un peu moins ce monde virtuel qui vous a supplanté.
Ils ont préféré faire comme les Majors de la Musique : demander des lois, refuser l'évidence, s'enfermer dans un modèle ancien et dépassé par l'évolution. Attention : je ne juge pas l'évolution, je constate. Ils ont fini comme eux : dans les poubelles de l'histoire.
Notre monde a changé depuis les années 2010. Aujourd'hui, il n'y a plus de Major, plus de presse en kiosque. D'ailleurs il n'y a plus de "kiosques" tels que je les ai connus : ce sont seulement des points de "marketing viral".
J'ai commencé à bosser dans le web il y a 30 ans, j'ai tout vu, d'IE 5 à FoxExplorer - ça, c'est grâce au décès de Steve Ballmer et le rachat par Canonical. Twitter et Skype se sont associés, et le téléphone des années 2010 n'existe plus : les abonnements sont désormais tous en illimités.
Et Apple est devenu le plus gros éditeur de logiciel open-source au monde.
Mais au final, rien de tout ça ne compte. La société n'est pas meilleure, elle est juste différente. L'information a remplacé l'individu, qui s'est cru voir offrir une place de choix avec le Web 2.0 et le tout communautaire. Mais il s'est juste fait pigeonné. Et je n'ai aucune compassion à l'égard de l'humanité à ce sujet là.
Pour aujourd'hui, en tout cas, je me rends à ma petite forteresse virtuelle. Les vieilles technos ne sont pas morte, et le VPN est tellement archaïque de nos jours que plus personne ne sait comment l'utiliser. Sauf les vieux 4channeur comme moi, évidement, et un petit groupe d'irréductible. Sans déconner, il y en a même un qui se fait appeler "Réseauwifix". On est toujours un peu ado dans notre tête je crois.
Blabla habituel, on se dit bonjour pour la forme - on a tous scripté nos réponses d'arrivées de toute façon - et je commence à suivre la discussion du jour. Apparemment, une sombre légende urbaine qui prend de l'ampleur sur l'ancien réseau : des femmes qui se font appeler les "Courtisanes" s'attaquent peu à peu aux grands patrons de notre société.
Notez, j'ai pas dit les politiques. Quoi que ça revient au même aujourd'hui. Comme avant - même si c'était mieux, avant, forcément - mais aujourd'hui, ils ne se cachent plus derrière des pseudo-partis politiques.
Bref, voilà une rumeur à se mettre sous la dent, et une enquête à démarrer. Ça me fera sans doute perdre plus de temps qu'autre chose, mais mes économies ne sont pas mauvaises, et j'ai besoin de "vacances".
Première étape, ramasser les informations un peu partout : IRC, réseau 4Anon, envoyer des mails, deux trois trucs dans ce genre là. Je vais pas non plus tout vous expliquer, il faudra faire fonctionner vos méninges.
Une enquête comme ça, c'est comme un jeu : on cherche à en savoir plus, à satisfaire notre curiosité, sans rien derrière. C'est juste une façon de s'occuper, de faire fonctionner son cerveau sur des choses futiles, sur des détails. On tombe rarement sur quelque chose qui vaille la peine d'en faire un papier, mais ça maintient éveillé.
Mais cette fois-ci, c'était finalement très sérieux.
~~~
Fin de la première partie.
Commentaires (6)
Commentaire #1 Par thibault - 14:13 - 18.03.2010
Je trouve le texte trés beau, et le concept du rachat de Microsoft par Canonical délicieusement séduisant. Vivement la deuxième partie.
Commentaire #2 Par Mr Jmad - 07:04 - 19.03.2010
je le savais bien que j'avais raison de te mettre la pression pendant des mois.
j'ai toujours raison de toute façon :).
Bon maintenant, je vais te mettre la pression pour la deuxième partie (et non tu n'as pas le droit de me mettre la pression pour ma troisième partie).
Commentaire #3 Par Jenny - 20:55 - 22.03.2010
J'aime bien la façon dont c'est écrit. J'attends la suite...
Commentaire #4 Par Gromitflash - 00:34 - 23.03.2010
T'as voulu mon avis, et bien je vais te le donner. J'avais commencé par me dire qu'il s'agissait d'un truc au pied levé, écrit d'un trait sans vraiment penser. J'ai passé outre la première fois que cette histoire est arrivée sur mon Reader. J'ai une fâcheuse tendance : je réagis comme le lecteur lambda, je regarde les 10 premières lignes en diagonales et si je n'accroche pas je passe.
Mais après t'es arrivé sur MSN avec ton "as-tu lu ma nouvelle au fait ?" et tous les sous-entendus qu'il n'y avait pas derrière. On se connait. Moi si j'avais dit ça, j'aurai sous-entendu un "Au fait, t'en pense beaucoup de bien à quel point de mon dernier chef d'œuvre ?" mais ça, ça n'est pas ton genre.
J'ai lu en détail, je n'ai pas accroché. Dire que je n'ai pas aimé c'est autre chose : il me manque l'ensemble pour ça. On me souffle dans l'oreillette que je suis limité en caractères.
Commençons par l'accroche : 6 lignes. 6 lignes qui commettent le pire péché possible qui existe : la forme indirect. Je ne suis pas là pour lire l'histoire de "on" mais celle de "je". Tu ne peux pas généraliser ton personnage à l'ensemble de tes lecteurs.
Et ensuite ton lecteurs tu le perds dans les 4 ou 5 paragraphes qui suivent : détails. On est là pour lire un récit, un "polar geek". C'est typiquement dans ce genre de situation que j'aimerai lire un récit et non pas un background. Le principe de tout récit accrocheur est le "Show don't tell" et tu fais l'impasse. On rattrape le récit bien après et là ça commence à être intéressant quand ... et bien pareil : le "apparemment une sombre légende ..." Les dialogues existent non ?
Ah et pour te faire gagner du temps : dans un récit les adverbes, les formes indéfinis "on" et les voix passives cassent tout : à employer avec précaution.
On continue quand survient le dernier drame : la procrastination. C'est pile quand tu dis "Je ne vais pas tout vous expliquer" que tu nous frustre parce que tout bon polar geek ou technothriller se doit justement dans ces cas là de nous engloutir dans plein de détails. L'occasion de nous expliquer que tu utilise google parce que c'est simple mais qu'il faut parfois passer sur un usenet ou un chan irc pour demander une précision ... ou que google est mort détrôné par le moteur de recherche analogique de yahoo ?
Le dernier paragraphe est juste. Le cliffhanger est trop visible. Et puis t'as 9 paragraphe qui sont de trop pour un récit ... c'est beaucoup non ?
Sinon je trouve que c'est pas mal, une bonne idée, une bonne chose. Je lirai la suite.
Commentaire #5 Par Exirel - 00:40 - 23.03.2010
Et tu as bien raison. J'ai écris ça bien vite, comme un brouillon jeté vite fait dans le bloc note, et tu l'as bien ressenti.
Je note donc ces critiques, j'en comprends une grande partie, je pense pouvoir m'améliorer mais pas encore sur tout.
Après, il faudra que je vois si je ne fais pas un travail supplémentaire derrière, genre une compilation / réécriture plus propre, plus posée. Bref, travaillée.
Merci d'avoir passé plus que les 10 lignes en diagonale. ;)
Commentaire #6 Par Kwilleran - 21:24 - 27.03.2010
Bon, il y a eu une sacrée analyse juste au dessus, je vais tâcher de ne pas en tartiner autant (et aussi pour des raisons personnelles qui te sembleront évidentes : )), mais quand même, quelques petites remarques. -l'intro en "on" ne me gène pas, mais elle n'est pas articulée avec le précédent paragraphe. D'une manière générale, certains passage "sentent" ce manque de travail dans les articulations (le suivant sur "mon métier" par exemple). -Sur l'historique depuis les années 2010 : le monde a changé dès l'introduction des échanges par le réseau. Ton locuteur devrait tracer les grandes lignes des modifications du monde à partir de la création d'internet, et non des années où vivent les lecteurs, même si ceux-ci savent ce qu'il y a eu jusqu'en 2010. -je ne comprends pas l'idée "les grand patrons = les politiques ". Dans la mesure où il existe des logiciels libres, je doute que ton monde soit purement cyberpunk (les Etats remplacés par des corpos), mais du coup, pourquoi n'y a t'il plus de partis et pourquoi les seuls lobbys subsistants seraient ceux des patrons ? -pour la rumeur, utilise le conditionnel " qui se feraient appeler, s'attaqueraient", sinon ce n'est plus une rumeur. -Encore trop de fautes... Pour le reste, j'aime bien (et j'aime beaucoup le tout premier paragraphe), et j'attends la suite pour me prononcer plus clairement. Mais si c'est juste un premier jet, je trouve vraiment ça bon.
k
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