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Remote

Par Florian Strzelecki - 22:02 - 16.07.2015

Tags : Ma vie, Travail, Remote, Rythme de vie

C'est la fin d'après-midi, et je suis dans le train qui me ramène à Rennes, après deux jours à Paris. Ces aller-retours sont devenus fréquents - toutes les deux semaines exactement - et ce depuis bientôt un an : je suis en télé-travail pour la société Oscaro.com, et je travaille (principalement), sur le site oscaro.be.

Cet article me trotte dans la tête depuis quelques temps - depuis le premier jour en réalité - et j'ai attendu d'avoir suffisamment d'expériences à partager pour l'écrire.

Plutôt que parler de mon travail, je souhaite surtout parler de ce qui a changé dans ma vie.

Le matin

Je n'ai plus de réveil matin - sauf en de rares occasions - depuis un peu plus d'un an maintenant. Déjà l'année dernière, alors que je travaillais dans un bureau un peu plus conventionnel, j'avais cessé de régir la quantité de sommeil avec un réveil - le manque de motivation à la veille du départ y était pour quelque chose, et l'envie de "tester" une nouvelle façon de faire aussi.

L'expérience est plus que concluante : aucun effet négatif, et mieux encore, plusieurs très positifs. Je vous rassure donc tout de suite, je ne me lève ni vraiment plus tard, ni vraiment plus tôt qu'avant.

En moyenne, il me faut 8 heures de sommeil par nuit, et je vis bien lorsque j'ai entre 6h et 10h de sommeil par nuit. L'heure effective à laquelle je suis debout et prêt à commencer ma journée de travail se situe toujours entre 8h30 et 10h30 en hiver, et entre 7h30 et 9h30 en été. En général, je suis disponible entre 9h et 9h30, mais des écarts sont toujours possibles.

Si ces statistiques sont rassurantes (surtout pour un employeur qui serait regardant sur les horaires), elles ne sont rien en comparaison des effets positifs que je ressens :

Cela n'a l'air de rien, mais cela constitue un changement majeur dans ma vie. Par ailleurs ma compagne, qui a un rythme de sommeil différent, bénéficie aussi de l'absence de réveil.

La journée

Mes journées se ressemblent parfois - c'est la réalité du travail - et j'essaie de rester synchronisé avec les heures de travail de mes collègues. Pour autant, je ne m'embarasse qu'assez peu avec les horaires : si je dois faire des courses, je les fais quand cela m'arrange. Si je n'ai pas envie de travailler, je fais autre chose, je sors, je joue, et je reviens avec l'esprit plus calme et souvent plus en forme.

Le fait est que je ne compte pas mes heures, et mes semaines peuvent faire 25, 30, ou 45 heures : cela ne compte pas vraiment, car je me préoccupe surtout de rentabiliser mes heures de travail.

Mes critères sont la vitesse d'exécution et la qualité du travail effectué, ainsi que le résultat final. Le temps total passé et la durée de mes journées ne font pas partie des critères qui m'intéressent.

Bien entendu, j'ai la chance d'avoir un chef compréhensif, qui m'accorde sa confiance - et j'accorde une grande importance à respecter cette confiance. Je me sens bien plus responsable de mes résultats qu'auparavant.

Attention néanmoins : j'accepte des contraintes d'horaires pour faciliter le travail en équipe. Par exemple, nous avons une réunion le matin vers 10h, et je suis toujours disponible à ce moment là. De la même façon, je fais en sorte de réguler les soirées passées à travailler. Cela arrive, mais pas de façon systématique.

Cette façon de travailler me rend plus responsable, car je n'ai aucun garde-fou réel sur mes horaires. Je peux travailler moins ou travailler plus, et c'est à moi d'obtenir le bon équilibre.

Au final, je travaille plus longtemps, et de façon plus intense, que lorsque j'allais tous les jours à un bureau, dans un bâtiment à 20 ou 30 minutes de chez moi.

Mine de rien, je passais entre 40 et 75 minutes par jour dans les transports en commun. Ce temps là, je ne le perds plus en déplacement : je le gagne en flexibilité.

Le WE et jours fériés

Cela m'amène à la difficile question de l'équilibre entre le travail et la vie privée. Il est indéniable que la frontière est plus fine, et parfois même n'existe plus.

Il m'arrive de lire mes emails le WE, ou le soir quelques heures après avoir dit "Bonne soirée" à mes collègues. Il m'arrive de passer sur notre Github alors que je m'intéresse à autre chose, et de laisser un commentaire ou de répondre à une question sur une PR.

Cependant, je n'ai aucun problème à décrocher. Si je veux arrêter, j'arrête. Si je veux continuer, et bien, en général, je continue. C'est beaucoup plus simple d'envisager les choses ainsi.

Honnêtement, j'ai tellement d'autres activités dans ma vie (les jeux, l'open-source, l'escrime ancienne, et bien d'autres) que je ne crains pas un seul instant la dérive vers "trop" de travail : il y aura toujours quelque chose pour me faire poser le clavier et penser à tout autre chose.

Cet équilibre est relativement nouveau pour moi : soit j'étais trop dans le travail, soit j'en étais trop loin - et cela avait toujours un effet négatif, soit sur ma vie personnelle, soit sur mon travail.

Pour l'anecdote, lors de mes derniers congés (où j'ai passé le plus clair de mon temps dans les cartons, à faire puis à défaire) je n'ai pas même pris le temps d'ouvrir les mails du boulot, ni de regarder ce qui se passait sur Github. Une grande nouveauté pour moi !

Les autres

Le dernier point est sans doute celui qui me surprend le plus. Pour moi, toutes les améliorations sus-mentionnées sont plutôt logiques et cohérentes avec ma façon de faire : j'ai toujours été un peu libre sur les horaires, préférant vivre à mon rythme. En quelque sorte, le télé-travail m'a permis de vivre encore plus ce rythme personnel.

Tout en me sachant solitaire, je me disais qu'un peu de coworking me ferait du bien, que ce serait même nécessaire pour mon équilibre.

Il n'en est rien.

Il faut croire que je suis un indécrottable solitaire. J'aime rester chez moi à mon bureau, seul dans l'appartement, à écouter la musique que je veux, à avoir le silence quand je le veux, à me lever et marcher en rond si je le souhaite, ou à m'asseoir au fond de ma chaise pour réfléchir.

Je ne ressens pas de manque dans l'absence des autres. Je n'ai jamais eu besoin d'être entouré d'autres personnes pour me sentir bien au travail.

Bien sûr, je suis très content de voir mes collègues d'Oscaro.com lorsque je passe en région parisienne. Chaque aller-retour est l'occasion de longues discussions sur des sujets de fond, sur la vie du projet et sur sa direction (le voyage en lui-même, c'est une autre histoire).

Pour autant - et j'en suis le premier étonné - je n'ai ressenti aucun problème à travailler seul chez moi pendant 8 jours sur 10, et ce, depuis maintenant presque un an.

Je suppose que c'est ainsi pour moi, et qu'il faut simplement le vivre pour savoir ce qui nous convient le mieux.

Le travail à distance

Au final, ma vie est simplement meilleure qu'avant. Je ne sais pas si cette façon de faire est adaptée à tout le monde (je pense intuitivement que non), et je sais qu'elle comporte à la fois des avantages et des inconvénients.

J'en retire plusieurs points importants :

Je pense qu'aujourd'hui si on me propose un poste qui n'est pas en télé-travail il faudra avancer de sacrés avantages pour compenser la perte de ce que je considère comme la plus grande amélioration de mes conditions de vie - oui, loin devant un meilleur salaire.