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TGV Live blogging

Par Florian Strzelecki - 06:08 - 28.03.2010

Tags : Bonjour, Société, Twitter, Ma vie, Divers

Dans la jungle de l'information, tout le monde (ou presque) sait ce qu'est un "bloggeur". C'est une personne ou un groupe de personne qui publie du contenu sur un site, sous forme de billet, d'article, ou de "news". Généralement, les lecteurs dudit blog peuvent utiliser un système de commentaire, avec ou sans modération, validation par un modérateur, ou autre.

Il existe sans doute autant de formes et de sujets qu'il y a de blogs et de bloggeurs : chacun défini son style, son ou ses approches, et chacun se retrouve avec un lectorat plus ou moins important. Le miens n'est, d'ailleurs, sans doute pas très grand, et majoritairement composé de mes amis, potes, et diverses connaissances rencontrées ici ou là sur internet (twitter, facebook, forums quelconques).

Aujourd'hui, j'ai envie de tester un truc : faire un "live blogging" de mon voyage en TGV, entre Poitiers et Paris. Là, comme ça. J'ai envie. Alors je le fais.

Vous êtes prévenu, vous avez le droit de ne pas lire la suite.

(Et moi, de faire de la psychologie inversée.)

Correspondance pour Paris dans 20min.

La flemme. La grosse flemme. Je regarde de loin l'écran des prochains départs, mon train est annoncé mais pas la voie. J'attends. Je sors mon reflex et son objectif 50mm fixe, et je prends quelques photos des rails devant moi. J'ai toujours été un peu attiré par ces lignes de métal entrecoupée de rangées cloutées de planches de bois.

Il ne fait ni trop chaud ni trop froid, le vent ne rentre pas à l'intérieur du hall. C'est même plutôt confortable, pour un hall de gare. Je regarde un homme passer avec sa machine à laver le sol, sorte de mastodonte de brosses à faire reluire le sol. Il n'a pas l'air très heureux d'être là. Il remarque mon appareil photo, et presse le pas - en vain, sa machine est trop lourde pour se laisser faire facilement. J'arrête de le fixer, et je remets mon chapeau.

Il est 12h30, je vais sur la voie.

Le train est là, il n'a pas encore été annoncé dans les hauts parleurs. Ils crachent soudainement le jingle habituel de la SNCF "To Dum Dodum Tum" suivi de la voix enregistrée qui prévient du passage d'un train sur la voie 4. Le miens est sur la voie 2.

J'adore le vent qui fait s'envoler les bords de mon manteau, tandis que ma main retient mon chapeau. C'est un très bon chapeau, il est plus vieux que moi : il a appartenu à mon grand-père, décédé avant que je ne puisse le connaître. Je n'ai d'image de lui que cette photo où je le vois serrer des mains au mariage de mes parents.

Voiture 13, place 26

Je m'installe dans mon fauteuil, en 1ère place. C'est plus confortable, j'ai l'espace minimal nécessaire à mes jambes : je suis plutôt grand, c'est un détail qui est important pour moi, d'avoir de l'espace. Le manteau sur le siège, mes deux sacs à côté, je m'installe à cette table pour 4. Je ne suis pas seul très longtemps, un couple franco-anglais s'installe bientôt en face de moi.

"Vous êtes côte à côté ou face à face ?"

Je leur pose la question, leur réponse "côte à côte" me permet de ne pas me préoccuper du déplacement de mes affaires, sur ma droite. Elles y restent et c'est ma petite joie instantanée. Il en faut peu pour me faire plaisir, et cette idée est une autre raison de ma satisfaction momentanée.

Le train démarre

La fille devant moi, cheveux mi-long, longues et fines lunettes rouges rectangulaires sur le nez, sort des affaires de ses différents sacs en papiers. On dirait des pochettes cadeaux, d'ailleurs. Dans le premier, un livre d'apprentissage français-espagnol, puis dans le second, "le plus important", dit-elle, elle sort le livre Fascination.

J'ai du mal à retenir le sourire qui pointe sur mes lèvres, je le masque d'un très digne mouvement de main pour soutenir mon menton. Là, tout doucement, je laisse libre cours à mes pensées.

J'ai toujours eu beaucoup de mal avec Twilight. Ce n'est pas mauvais, ce n'est pas très original mais pas totalement inintéressant. Un peu plat, prédictible à 30 pages, et dans l'ensemble, on peut devenir la fin du 4ème tome en finissant le premier. Ou en le commençant, si on est un peu de mauvaise foi ou qu'on aime faire des paris.

Soit. C'est son choix. L'homme à sa gauche effectue un petit mouvement du menton, mimique semblant vouloir signifier que cela le laisse un peu indifférent.

J'en apprends beaucoup sur les gens juste en les observant. Il sort un épais livre rouge, avec trois tampons sur la tranche : certainement un livre de bibliothèque. De là où je suis, lorsqu'il l'ouvre au deuxième chapitre, je vois des courbes, une formule mathématique. En observant un peu plus longtemps, je m'aperçois qu'il s'agit sans doute d'un livre de physique, ou peut-être de chimie.

Je ne le lui pose pas la question, il est rapidement absorbé par sa lecture.

Il pleut

Tout à coup, je sors de ma rêverie. Je m'étais presque assoupis, les mains sur le clavier de mon netbook, la musique de Zone of The Ender : The Second Runner sur les oreilles, dans ce fauteuil moelleux. J'aime ce petit confort.

La pluie m'a vraiment surpris. Je lève la tête, je dois sans doute avoir l'air d'un ahuri comme ça, mais je n'y pense pas trop. Le paysage se couvre rapidement d'une chape grise, et l'horizon disparait à quelques centaines de mètres à peine. C'est assez impressionnant de vivre ça derrière une vitre épaisse d'un centimètre et demi.

La pluie cesse, aussi rapidement qu'elle a commencé. Le TGV s'arrête bientôt en pleine voie, et je me surprends à compter dans ma tête "3, 2, 1..." et à tomber presque pile sur la voix du conducteur qui nous annonce sereinement que nous sommes arrêtés, et que pour notre sécurité nous sommes invités à ne pas descendre du train.

Le paysage défile

J'ai vu un clip il y a quelques années, je suis incapable de me souvenir du nom. Je m'en rappelle maintenant car je regarde par la vitre, tous ces kilomètres défiler. La musique rythmée qui bas dans mes oreilles colle parfaitement à l'ambiance, et à l'image que j'ai encore en mémoire de ce clip musical.

Mon train suit pendant quelques temps une route, avant de passer au-dessus. Il arrive ensuite à Tours, en gare de Saint-Pierre-des-corps. Le paysage de champs et de collines vertes se transforme rapidement en grisaille urbaine. Des poteaux électriques encadrent des rues sombres et des maisons aux toits pentus recouverts de tuiles d'ardoises grises. Les murs des immeubles dénotent par leur couleur blanc cassé un manque flagrant d'entretien. Comme dans beaucoup d'immeuble du même genre, un peu partout en France. 15min d'arrêt.

J'aimerais presque être inscrit à Foursquare pour savoir si je peux faire un check-in de ma position. J'en vérifie ma timeline Twitter pour l'occasion.

Pour l'occasion, j'écris un tweet, pour dire que je fais un billet où je dis que je tweet que je tweet un billet que... hm. Bon, je m'arrête là, la boucle infinie c'est même pas marrant 5min.

Le train se remet en marche

L'homme a cessé sa lecture, et je peux enfin lire le nom du livre qu'il lisait jusqu'à présent : Pattern Classification. Ok. Là, comme ça, je suis incapable de dire dans quelle matière il faut situer cela. Sans doute les mathématiques...

Le contrôleur passe à côté de nous pour son premier passage après Saint-Pierre-des-corps. Un homme l'arrête pour lui demander la voiture 12, ici, il est dans la 13, le contrôleur lui répond de continuer son chemin il est presque arrivé.

Quand je reviens à l'homme assis sur la droite à ma diagonale, il regarde avec sa compagne un magazine disponible dans le TGV. Ils ont l'air de trouver ça assez drôle. La couverture présente un homme habillé dans un luxueux costume gris, cravate et pantalon ajusté au millimètre.

Il le repose, et revient à sa première lecture, non sans avoir jeté un derniers regard à un éclat dans la vitre du TGV. Éclat que je viens à peine de remarquer, d'ailleurs.

Le paysage change

Ce sont des plaines jaunies et des arbres encore drapé de leur nudité hivernale. Je peste contre la connectique défectueuse de mon casque : tout fonctionne, sauf le branchement, qui, de temps en temps, fait sauter le son dans l'un ou l'autre des écouteurs. C'est très agaçant, surtout quand la musique est censé jouer sur l'effet stéréo et la provenance du son.

Le TGV accélère. Mon père m'a raconté un jour qu'au tout début du TGV, c'était la seule chose que l'on sentait : l'accélération. Aujourd'hui, toute personne ayant fait l'expérience d'un voyage en TGV sait qu'on sent surtout les cahotements du train sur les rails, ses tremblements, ses défauts. La SNCF remplace et ajoutent de nouveaux trains, mais les voies, elles, peinent à être rénovées comme il faut.

Je vais pour m'accouder à la bordure quand, soudainement, je vois défiler un vieux mini-van blanc crème et vert turquoise derrière la vitre. Il est là, en bordure d'un champ, à moitié recouvert de buissons et de ronces. C'est assez surprenant, et je le note. Je note que je le note. Et comme je vous ai déjà fais le coup de la boucle infinie je m'arrête là.

Le contrôleur effectue son second passage

Mes voisins d'en face semblent embêtés, car il leur demande des pièces d'identités. Ils ont imprimé leur billet, c'est sans doute pour ça. Ils montrent leur carte 12/25, et le contrôleur répond que ça ira. Il a l'air compréhensif et accepte la bonne foi des gens. C'est plutôt agréable.

Il regarde à deux fois la date de validité de ma carte 12/25 : en effet, elle se termine au 31 mars prochain. Je vais la faire refaire bientôt, j'en ai besoin pour voyager prochainement.

Je remonte revient à mon texte. En le faisant défiler, je me rends compte qu'il est déjà long. Diantre, je ne m'en étais même pas rendu compte. Dans 40min je suis à Paris, je me demande si sa taille ne va pas trop augmentée. A priori, si je fais comme la demoiselle, je vais m'assoupir jusque là, et laisser le clavier de côté.

Je vais changer de casque

C'est décidé. Je cesse de roupiller pour remettre une énième fois le fil correctement : j'écoute "I think I can" de The Pillow (OST de Fuli Culi, excellent dessin animé japonais par le studio Genax), et si ce morceau est un apport de 200% en motivation, il perd tout son charme avec des problèmes de son.

C'est vraiment très perturbant, tellement que je l'écris. Cela fait plusieurs semaines que j'y pense, mais là, c'est la goutte d'eau qui fait déborder l'océan de mon énervement.

Alors à Montparnasse, je débarque du train, je vais à la FNAC, et je m'achète un nouveau casque. J'ai dis.

I THINK! I CAN!

Sous les ponts, il reste 10 min avant l'arrivée

Bientôt Paris, je commence à ranger mes affaires. D'abords la clé usb où j'ai des captures d'écran d'Aion (je dois faire baver un pote qui n'a pas encore les ailes du programme de vétéran, pour le lvl 40, après 6 mois de jeu).

Ensuite, je range mon appareil photo, pendant que ma voisine embête son voisin pour aller aux toilettes. Elle revient quand j'ai presque terminé et que passe la chanson "Blue drive monster", toujours de la même OST de Fuli Culi.

Il va falloir que j'éteigne le netbook. Je sauvegarde ce texte après la fin de ce paragraphe. Je range l'iPhone et son câble, et voilà. C'est terminé pour cette fois. Peut-être la dernière, peut-être pas. Le conducteur nous annonce que nous entrons en gare de Paris Montparnasse. Je sauvegarde.

Je triche, je rajoute un paragraphe. Soyez chou, lecteurs, dites moi ce que vous en pensez. Je vous aime.