Blog // Exirel.me

La fange organisée

Par -

Tags : JDR, VEDUT

Lorsque l’on pousse la porte de cette véritable institution locale, il faut s’attendre à devoir esquiver 1 à 3 projectiles quelconques, dépasser entre 3 et 6 ivrognes étendus à même le sol, sauter par-dessus 1 ou 2 flaques d’un liquide inconnu (à déterminer à chance égale entre de l’alcool, de la pisse, du vomi, du sang, voire un mélange de tout ça), et le tout sans jamais provoquer qui que ce soit, du regard, d’un geste, ou d’une parole de travers. Chaque soir on compte les points et les paris montent : qui fracassera le plus de têtes ? Qui sera vainqueur des bagarres impromptues, organisées par la guilde des voleurs - qui empoche au passage une partie des gains des parieurs. Chaque soir des litres d’alcools et de divers fluides corporels sont déversés sur le sol, et diligemment nettoyés par la guilde des mendiants - qui se paye ensuite avec les poches des comateux éthyliques expulsés au petit matin. Chaque soir le maître des jeux de la guilde des mages utilise son sort de détection, et vérifie que personne ne triche au bonneteau, au poker, ou aux dés ; en fonction de ce qui est à la mode et de qui a le droit de tricher - et applique la taxe de la guilde pour le service. Bien sûr, Odilon, le chef de la milice locale, pourrait faire quelque chose – son épouse Joséphine étant à la tête de l’Église de la Vertu, il en aurait toutes les raisons – mais jamais il n’oserait engager d’action contre la meilleure source de recrutement d’engagés volontaires (on raconte que l’alcool signe les contrats tout seul). Après tout, nous dira un membre anonyme des autorités locales : il est toujours plus facile de contrôler la vermine lorsqu’elle se concentre en un seul endroit. Fermer les lieux servirait seulement à en mettre partout, et mettrait en danger l’équilibre instable qui s’est installé petit à petit entre les puissants d’en haut et la fange d’en bas.

Qui pourrait pousser cette porte et être accueilli par un silence de mort ? Qui voudrait remettre en question le statu-quo ? Qui arriverait à mettre en place une prohibition quelconque ? Qui organiserait la destitution du réseau complexe des profiteurs ? Qui aurait intérêt à ce que tout se passe comme avant, et qui à ce que tout change ? L'Église est la seule qui n'a pas l'air de s'y retrouver, mais est-ce vraiment le cas ? Et qui irait engager des aventuriers - qui coûtent cher ! - pour le vérifier ?

Les systèmes corrompus sont idéaux pour instaurer un climat de méfiance, pour faire passer un meurtre pour un accident, et pour favoriser les opportunistes et les stratèges des relations sociales. Bien sûr, savoir jouer des coudes et du poing sera toujours un avantage indéniable une fois sur place. Cher MJ, il n’y a rien qu’une bonne petite baston ne puisse résoudre, n’est-ce pas ?